Église orthodoxe : échec du mariage et remariage

Église orthodoxe : échec du mariage et remariage


Dans l'Orthodoxie, le mariage est indissoluble et unique, de par son appartenance au Christ et au Royaume. Si l'Église est si intransigeante, c’est pour nous persuader que le mariage n'est pas un jeu et que dans les moments difficiles de la vie d'un couple il faut faire des efforts ensemble pour les dépasser. Le combat de l'Église contre le divorce exerce une influence salutaire sur toute la société.
Dans certains cas particuliers, comme l'adultère par exemple, la séparation des époux, ainsi que le remariage sont acceptés, en vertu du principe d’économie. «L'Église ne « reconnaît » ni n' « accorde » un divorce. Ce dernier est considéré comme un péché grave, mais l'Église n'a jamais cessé d'offrir une "nouvelle chance" aux pécheurs, et elle a toujours été disposée à les accueillir à nouveau, du moment qu'ils étaient repentants ».

Autrement dit, les secondes noces ont un lien avec le sens que l’Église donne d’une part, à la conversion d’un pécheur, la métanoïa, et d’autre part, au principe important de la pastorale et du droit canonique, exprimé par le mot économie.

Le principe orthodoxe de l’économie ne s'identifie pas à une simple acceptation pragmatique d’une inévitable différence entre la théorie et la pratique. En pratique, « l'aire où s'applique l'économie ne saurait être définie, ni délimitée. Tel métropolite, tel synode d'une Église autocéphale agira librement, sans que sa décision engage les instances hiérarchiques voisines ».
La notion traditionnelle orthodoxe de l'économie, qui est traduite en français par le mot miséricorde, ou encore compassion, ne doit pas être interprétée comme un antidote au concept de fidélité absolue. Il n'est pas synonyme d’une dispense de l'indissolubilité du sacrement du mariage. Il ne s'agit pas d’une pure tolérance, mais plutôt d'une condescendance, autrement dit d’une philanthropie divine.

Monseigneur Nicolas le Mystique, devenu patriarche de Constantinople en 901, définissait le principe de l’économie comme étant « une imitation de l’amour de Dieu pour l’homme. » Michel Laroche nous propose d’être attentifs à la façon dont il examine les origines évangéliques de ce principe de l’économie, notion méconnue, selon lui, par l’Église catholique . Il prend l’exemple du Christ qui n’interprétait jamais la Loi de Moise à la lettre, mais s’écartait toujours pour en recouvrer l’esprit, en ajoutant des commentaires éclairants. L’Église orthodoxe s’appuie justement sur ce genre de commentaires pour exprimer et mettre en pratique le principe d’économie.


Le premier texte analysé est celui de Marc 3, 1-5, à savoir la guérison miraculeuse de l’homme à la main desséchée, le jour du sabbat. Le récit, comme les commentaires de Michel Laroche, tourne autour de la question principale : « A-t-on le droit, un jour de sabbat, de bien faire ou de mal faire, de sauver une vie ou de la tuer ? » Il pense que cette question est adressée par Jésus dans l’éternité, aux évêques, aux prêtres, aux officiels des tribunaux ecclésiastiques ainsi qu’aux experts en droit canon. Il comprend l’enjeu principal de Jésus de cette manière : « dans le but de respecter les commandements de Jésus Christ, dont l’indissolubilité du mariage est un des exemples, doit-on sauver l’âme de divorcés remariés par l’accès à la vie eucharistique ou prendre le risque de la tuer en les séparant de cette vie ? ».

Cette question fait référence ici à la privation de la communion eucharistique pour les divorcés remariés dans l’Église catholique. Selon lui, cette privation dépasse le cadre spécifique des divorcés remariés. Il avoue être contrarié par la manière dont l’Église latine affirme que les divorcés remariés restent membres de l’Église, même si ceux-ci n’ont pas le droit de communier. Dire que quelqu’un peut être membre de l’Église sans l’eucharistie signifie pour un orthodoxe que le Christ n’est plus le centre ni le chef de L’Église. S’il existe une vie dans l’Église sans la participation au repas du Seigneur, Michel Laroche en déduit que la participation à la communion eucharistique n’est plus primordiale. En conséquence, que l’on communie ou pas n’a plus de signification.


Extrait du livre:

LA RUPTURE DU LIEN CONJUGAL ET LA QUESTION DU REMARIAGE
Perspectives orthodoxes, catholiques et protestantes.

Auteur I. ANA. Bruxelles 2016. Copyright

I. Perspective orthodoxe

  • Mariage Divorce Remariage. Introduction
    1. L'evolution du mariage. Le divorce
    2. L'indissolubilité en orthodoxie. Le divorce religieux
    3. Références canoniques orthodoxes sur le remariage
    4. La celebration du remariage orthodox. Conditions
    5. Église orthodoxe : échec du mariage et remariage
    6. L'indissolubilité en orthodoxie. Le divorce religieux

    II. Perspective catholique

    1. L'Eglise Catholique face a l'echec du mariage
    2. Le mariage catholique est-il vraiment indissoluble?
    3. La dissolution des unions matrimoniales catholiques
    4. Causes et motifs pour demander la nullite du mariage
    5. Comment demander la nullite du mariage catholique
    6. Pastorale personnes divorcées, remariées civillement


    III. Perspective protestante

    1. La simplicité de la cérémonie du mariage protestant
    2. Le divorce et le remariage dans les Églises protestantes
    3. Ceremonie de mariage pour aux couples homosexuels




    Les orthodoxes croient fermement que si les divorcés remariés sont privés de la communion eucharistique, ils le sont aussi de la vie vivifiante et divine, celle qui donne aux fidèles les arrhes de la Résurrection de Jésus Christ. Si nous voulons suivre l’Évangile du Christ, il ne faut pas écarter les divorcés remariés de la vie eucharistique sous prétexte de dévouement à la lettre de la Loi, car si nous les excluons de la communion de la vie, cela équivaut à ne pas guérir un jour de sabbat.

    Le deuxième passage scripturaire pris comme exemple par Michel Laroche est constitué des les textes de Mathieu 12, 11-12 et Marc 2, 27 : « Lequel est parmi vous l’homme qui, n’ayant qu’une seule brebis et qu’elle tombe dans un trou un jour de sabbat, ne va s’en saisir et la relever ? Combien vaut donc mieux un homme qu’une brebis ! De sorte que l’on a le droit de bien faire un jour de sabbat. » « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. »

    Que ce soit le sabbat, la Loi, la règle ou le canon, il faut comprendre que le sabbat, avec tous ses synonymes, doit impérativement soutenir l’homme dans sa voie vers Dieu et non pas l’écraser aveuglement. Les hommes ne doivent surtout pas être des esclaves de la règle canonique, mais l’utiliser comme un guide dans leur vie spirituelle. L’auteur fait une analogie évocatrice entre, d’une part, la règle qui pourrait être un phare en mer et, d’autre part, la lumière du phare qu’est le Christ. Il ne faut pas confondre la règle, qui est le phare, et la lumière, au risque de s’écraser contre la règle. Il faut de préférence se laisser guider par la lumière qu’elle contient, et vivre librement avec son aide.

    La seule brebis du texte de Mathieu est mise en parallèle avec la parabole de la petite brebis perdue dans la montagne. La brebis perdue semble avoir la même valeur que l’ensemble du troupeau, voire plus, car le bon pasteur laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres pour partir à la recherche d’une seule brebis. Michel Laroche identifie les divorcés remariés aux brebis égarées et le Christ au bon pasteur qui semble délaisser le troupeau pour retrouver cette unique brebis.

    L’Église réunit les personnes dans le Seigneur et donne à chacune d’elles la miséricorde et l’amour de Jésus Christ. Même si cela est correct, le principe de l’économie peut être résumé et reformulé pour exprimer un comportement pratiqué depuis toujours dans l’Église orthodoxe. « Ce ne sont pas les fidèles qui nécessairement et obligatoirement doivent toujours se déplacer vers l’Église et ses lois, aussi justes soient-elles, mais parfois, comme dans la parabole de la brebis perdue, c’est l’Église qui doit un moment renoncer à l’ensemble parfait du troupeau, qui représente la perfection finie de l’Église et des lois dont elle est la fidèle gardienne, pour aller vers la personne unique quand celle-ci s’est éloignée du troupeau, car au fond il n’y a pas d’autre moyen ! »
    Les divorcés remariés sont en dehors des règles établies par l’Église, sans pour autant être abandonnés.

    Si le dévouement à la lettre de la Loi finit par s’écarter de la miséricorde, nous devons suivre la miséricorde avant la lettre. Le texte de Mathieu 9, 12-13 dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie: Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs».
    Michel Laroche interprète le « sacrifice » comme étant la lettre de la Loi et la miséricorde comme étant la Loi de l’Esprit.

    La loi de l’amour est le fondement du principe orthodoxe d’économie. Toutes les autres lois de Dieu sont comprises et interprétées à la lumière de cette loi principale, qui est l’amour. Il semble que les évêques et les prêtres catholiques placent une limite à cette loi de l’amour, car, d’une part, ils interdisent formellement à des divorcés de célébrer un second mariage à l’église et d’autre part, ils n’acceptent pas de leur donner la communion eucharistique. Les ministres catholiques ne vont pas chercher la brebis perdue tombée dans le puits. Aller chercher les pécheurs au fond de leurs péchés, au fond du puits au sens figuratif, c’est justement la tâche la plus difficile pour l’Église dans l’exercice du pardon. Il faut chercher les pécheurs là où ils sont tombés et en même temps se projeter profondément dans l’amour, même si pour cela l’Église est obligée de s’écarter, tel Jésus Christ le faisait, de l’interprétation littérale de la Loi de Dieu. L’amour de Dieu est sans limites, comme l’exprime ce témoignage : « Devant le fleuve de mes péchés, tu as fait couler l’océan plus vaste de ta miséricorde.»

    Un autre texte évangélique pris comme exemple par Michel Laroche pour expliquer ce que c’est le principe de l’économie, est celui de Luc 19, 1-10 qui parle de la conversion de Zachée. En allant dans la maison d’un pécheur, le Christ scandalise les juifs. L’Église orthodoxe scandalise aussi quand elle reçoit les divorcés pour célébrer un second mariage, ou encore quand elle accepte de leur donner la communion eucharistique. Elle ne fait rien d’autre que mettre en pratique les paroles du Christ : « Aujourd’hui, cette maison a reçu le salut, parce que celui-là aussi est un fils d’Abraham. Car le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu». Il est intéressant de constater que Jésus ne demande pas à Zachée de renoncer à son métier en échange du salut de sa maison. La conversion de Zachée se produit dans l’état où il se trouve.

    La position pastorale de l’Église orthodoxe envers les divorcés est la même. Quand il est vraiment impossible d’aller en arrière afin de réparer un mariage échoué, l’Église orthodoxe va de l’avant, dans le sens de la miséricorde. Michel Laroche adresse une question rhétorique : « Lorsque le Christ dit : (…) « Descend vite, car aujourd’hui il me faut demeurer chez toi », démentirons-nous cette parole en continuant de ne pas vouloir que le Christ vienne dans cette maison pour s’y reposer ? Nous placerons-nous comme une muraille infranchissable entre le Christ et le pécheur pour lequel il est venu ? »
    Si un divorcé remarié cherche Jésus, comme Zachée l’a fait, on s’interroge de quel droit nous oserions imposer des limites à son chemin spirituel vers Dieu. Nous n’allons pas nous attarder sur l’interprétation de ces textes évangéliques puisque notre sujet n’est pas purement pastoral et nous ne voulons pas transformer cet exposé en un sermon.

    L’économie est l’expression matérialisée de la foi de l’Église du Christ dans la vie pratique des fidèles. Selon les canons en vigueur, elle est comprise comme étant « la suspension d'une application absolue et stricte des directives canoniques et ecclésiastiques dans la direction et dans la vie de l'Église, sans que soient compromises pour autant les limites imposées par le droit. La mise en œuvre de l'économie n'est réalisée que par l'autorité ecclésiastique compétente et ne vaut que pour des cas concrets ».

    Le principe d’économie « empêche que par l’excès de règles, et parfois par la micropsychie de ceux qui sont chargés de les appliquer, on en vienne, dans le but spirituel de sauver une âme, à prendre le risque de faire mourir celle-ci en privant de la vie sacramentelle un pécheur.» Michel Laroche accentue l’idée que l’observation des normes canoniques n’est pas un but en soi, mais avant tout une aide spirituelle et un moyen pédagogique pour la reconversion et la prise de conscience des pécheurs qui doivent retrouver la plénitude de leur vie dans l’Église. Il fait référence ici aux pénitences canoniques manifestées par la privation de l’eucharistie pour les divorcés remariés au sein de l’Église catholique. Cette privation de la communion eucharistique devrait être seulement temporaire, selon lui, comme c’est le cas dans l’Église d’Orient. Nous allons développer la question de la communion eucharistique des divorcés remariés ultérieurement.

    Le principe d’économie est consubstantiel à la Loi et se base sur la différence théologique entre l’Église et le Royaume dans la pensée orthodoxe. Les règles canoniques ont deux versants nécessaires : d'une part, c’est l’homme qui désire se diriger vers les sommets de ces lois pour arriver à Dieu, d’autre part c’est Dieu qui descend vers l’homme pour l’aider à se relever de ses chutes, en lien avec la perfection de ces lois. Par l’économie de la croix, Dieu a envoyé son Fils « pour que le monde soit sauvé par lui. »